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 «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus

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Kumonosu
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MessageSujet: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:12

J'ai trouvé cet article intéressant.

Citation :
«Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus

SOCIÉTÉ - Une jeune mère livre son témoignage dans son livre Mère épuisée...

«Je n'en peux tellement plus que j'en viens à ne plus vouloir de mes enfants»: dans son récit «Mère épuisée», une jeune femme témoigne du burn out maternel, encore trop peu reconnu, ni baby blues, ni dépression d'après accouchement.

La trentaine, Stéphanie Allenou, éducatrice spécialisée de formation, est mère de trois enfants, une fille qui aura 8 ans en juin et des jumeaux de 6 ans tout juste. Elle raconte dans son livre les trois premières années de sa vie de mère, les naissances, l'allaitement, les nuits sans sommeil, les journées qui n'en finissent pas, l'isolement qui s'installe. Les mille et une difficultés quotidiennes qui s'enchaînent sans répit: séances d'habillage collectif avant les sorties, trajets marathon, bêtises à répétition... On assiste à sa descente aux enfers.
«L'épuisement maternel peut aller jusqu'au burn out»

«Une sourde angoisse monte petit à petit. La rage intérieure que je tente de maîtriser est croissante, et j'explose fréquemment. Je crie fort. De plus en plus fort. Je tape maintenant facilement : des fessées le plus souvent, des gifles parfois», écrit-elle. «La relation que j'entretiens avec mes petits est devenue maltraitrante», analyse-t-elle.

«C'est un témoignage d'une honnêteté incroyable», décrypte la psychologue et psychanalyste Sophie Marinopoulos, qui dirige à Nantes un service de Prévention et de promotion de la santé psychique et un lieu d'accueil parents-enfants, «Les pâtes au beurre». Les deux femmes se sont rencontrées à l'occasion d'une conférence organisée par Stéphanie Allenou au cours de ce qu'elle appelle sa «reprise en main».

«L'épuisement maternel peut aller jusqu'au burn out. C'est un état d'épuisement qu'on retrouve chez des personnes qui ont énormément investi leur tâche, d'une façon très émotionnelle et d'une façon très idéalisée, comme dans le burn out professionnel», explique la psychologue. «On voit ces mères petit à petit entrer dans une espèce de rythme effréné», poursuit-elle.
Le risque majeur, c'est le passage à l'acte suicidaire

«On voit Stéphanie toujours faire plus et accélérer pour pouvoir correspondre à cette image de bonne mère. On voit ses symptômes arriver : fatigue, insomnie, irritabilité, hyperactivité, manque d'attention, manque de motivation. Le stress bien entendu est omniprésent». Jusqu'à «la dépersonnalisation, le moment où elle quitte sa propre humanité, où elle devient un automate».

Pour Sophie Marinopoulos, le risque majeur c'est le passage à l'acte suicidaire. «Il faut prendre conscience de jusqu'où ça peut aller, de la souffrance quotidienne et des risques sur les enfants. Ca peut être la non reconnaissance de l'enfant dans son statut d'enfant, qui est en soi une maltraitance. Il y a la violence des mots, la suite c'est la violence physique», met-elle en garde.
Trouver un interlocuteur, être accompagnée

Stéphanie Allenou comme Sophie Marinopoulos insistent sur la nécessité de briser l'isolement, la solitude, et soulignent l'importance des lieux d'accueil parents-enfants. «Clairement, ce qui m'a permis de récupérer, c'est de sortir du face à face avec les enfants», explique Stéphanie Allenou. «Ce dont j'aurais eu besoin, c'est d'être accompagnée», poursuit-elle. «Et qu'on ne me dise pas "tu devrais aller voir untel". J'aurais eu besoin qu'on me donne le numéro de téléphone dans la main, parce que, quand l'énergie n'est plus là du tout, prendre encore du temps pour trouver un interlocuteur, être renvoyé de l'un à l'autre, sans qu'à aucun moment quelqu'un n'entende ce qu'on a à dire, c'est terrible».

(Mère épuisée de Stéphanie Allenou. Editions Les Liens qui Libèrent. 180 pages. 17 euros)

Source: 20 minutes
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ze boulet
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:17

Ca c'est terrible, mais je ne comprends pas bien la différence entre dépression et burn out?

La dernière partie est tellement vrai!
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piline
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:19

je vais m'acheter son livre



Dernière édition par piline le Jeu 10 Mar 2011 - 14:23, édité 1 fois
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Kumonosu
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:20

dans l'article on peut lire:

Citation :
burn out: C'est un état d'épuisement qu'on retrouve chez des personnes qui ont énormément investi leur tâche, d'une façon très émotionnelle et d'une façon très idéalisée, comme dans le burn out professionnel
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Boubouche
Administratrice & Chargée du blabla


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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:37

Ce livre a l'air bien fait. Ils en ont parlé dans le magazine de la santé sur France5. La psychologue et psychanalyste Sophie Marinopoulos était venue en discuter sur le plateau il me semble.

Je crois que je vais aussi l'acheter ce livre car très intéressant.

Merci Kumonosu.
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ze boulet
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 14:41

@Kumonosu a écrit:
dans l'article on peut lire:

Citation :
burn out: C'est un état d'épuisement qu'on retrouve chez des personnes qui ont énormément investi leur tâche, d'une façon très émotionnelle et d'une façon très idéalisée, comme dans le burn out professionnel

Je refais du café????
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ihssane
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 15:21

Merci Kumonosu d'avoir partagé cet article.
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Ana91
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 17:20

très interessant. Je pense que certaines femmes peuvent associer le burnt out maternel et professionnel. On veut montrer qu'on est une super working girl et à la maison on veut tout faire et plus encore pour compenser l'absence.
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risu
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 20:04

ah ça fait de la peine de lire de tels témoignages mais c'est bien de connaitre et reconnaitre la chose.
C'est pas facile d'être maman quand même
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zora
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 10 Mar 2011 - 21:55

j'avais vu ce bouquin dans "parents" je crois. Je pensais l'acheter également...Je ne suis pas allée jusque là, heureusement, mais je me suis sentie bien fatiguée et seule à un moment donné, avec quelques très rares "pétages de plombs" qui me faisaient flipper quand même...Le manque de sommeil et l'isolement y était pour beaucoup...
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Kumonosu
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Ven 11 Mar 2011 - 8:26

Ce sujet est passé hier au JT de 20 heures de France 2. Si vous voulez le voir la vidéo est ici, allez à la minute 28.

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TF
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Ven 11 Mar 2011 - 8:41

ce passage est très intéressant et montreà quel point certaines sont démunies !

je me rends compte à quel point l'association d'une amie est une grande aide pour les parents.

c'est difficile la vie de parents !

je connaissais la dépression post partum mais pas cet état
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sofmeca
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Lun 14 Mar 2011 - 18:51

Je ne connaissait pas non plus, mais ça représente pas mal l'état dans lequel j'étais en février dernier : Marielle dans sa phase "terrible two", Michel qui se réveillait encore régulièrement la nuit et mon piti mari qui songeait plus à profiter de la vie (je vais voir mes copains, je vais au cinéma 2 voire 3 soirs par semaine) qu'à m'aider.

Mis à part le fait que je ne les ai jamais frappé et que je ne criais pas du matin au soir, on n'en est pas très loin.

Sincèrement c'est vous, les copinautes du forum qui m'avez aidée à me réouvrir aux plaisirs de la vie (même prendre 1 heure pour lire un reportage sur une poussette c'est un plaisir que je ne me permettais plus).

Vais p'têtre acheter le bouquin aussi (faut juste trouver le temps de le lire , on tourne en rond là non ?).
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Caribou
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Lun 14 Mar 2011 - 19:00

@sofmeca a écrit:
Vais p'têtre acheter le bouquin aussi (faut juste trouver le temps de le lire , on tourne en rond là non ?).

Prends une option "séjour longue durée" à la mater

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sofmeca
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Ven 18 Mar 2011 - 21:34


Ah non déjà que je déprime à la mater au bout de 24h, si en plus je fais les prolongations, mais je me pend avec la gigoteuse de bébé moi.
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risu
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Ven 18 Mar 2011 - 21:37

comme moi! pour mon bien être psychologique vaut mieux que j'en sorte vite de ces endroits
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Caribou
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Jeu 1 Déc 2011 - 20:40

Un petit article sur le sujet, tiré du site Sciences Humaines :

Citation :
Mères à bout de nerfs

Harassées par les tâches quotidiennes, culpabilisées par l’image exigeante 
de la « bonne mère », les femmes doivent assumer l’essentiel des soins donnés 
aux enfants. Quand l’émancipation féminine se heurte à la dure réalité 
du maternage quotidien, l’image d’Épinal de la mère épanouie en prend un coup.

« Ahhhh ! C’est merveilleux. Vous verrez, ce sont les plus belles années de votre vie. » Combien de parfait(e)s inconnu(e)s m’ont-ils tenu ces propos dans la rue tandis que je cherchais péniblement à avancer avec la petite dernière déjà lourde en porte-bébé et l’aînée qui traîne des pieds. Et de répondre : « Oui, bien sûr… »le sourire crispé par les nuits sans sommeil, les insupportables caprices, les matins qui déchantent quand c’est le sprint pour conduire l’une à la crèche, l’autre à l’école avant de se ruer, déjà épuisée, au travail. Mais de quoi faudrait-il se plaindre ? N’est-ce pas « merveilleux » d’être mère ? Honte à celles qui osent émettre la moindre réserve.

Il est entendu qu’elles doivent être les plus heureuses du monde, comblées par d’adorables bambins, aimants et souriants. Pourtant des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour noircir le tableau idyllique. Les mères se rebifferaient-elles ? Des témoignages, des enquêtes, des fictions brisent le tabou et disent leur épuisement, la culpabilisation dont elles sont victimes, leur solitude, le poids des normes sociales, la dépossession de soi…

Barbara, l’héroïne d’Un heureux événement (Albin Michel, 2005), le roman d’Éliette Abécassis dont l’adaptation vient de sortir au cinéma, dit son désenchantement : « Faire un enfant est à la portée de tous, et pourtant peu de futurs parents connaissent la vérité, c’est la fin de la vie. » Un jugement lapidaire mais qui dit le désespoir de cette jeune mère thésarde en philosophie dont la vie ne tourne désormais plus qu’autour du bébé. Avec, à la clé, une sociabilité réduite à néant et un couple en plein naufrage.

Dans Mère épuisée (Les liens qui libèrent, 2011), Stéphanie Allenou dresse un tableau à peine moins sombre de la maternité et témoigne avec une rare franchise de sa longue descente aux enfers. Surtout quand on a non pas un seul mais plusieurs enfants. Sa fille a seulement 20 mois quand elle donne naissance à des jumeaux.

La tyrannie de la bonne mère

Le rêve tourne alors vite au cauchemar. Épuisement, isolement, difficultés conjugales, manque de solidarité familiale… L’image de la bonne mère se fissure. « Je ne vois que des petits tortionnaires qui mettent en danger ma survie. Cela fait de moi une “mauvaise mère” et d’eux de “mauvais enfants”. Je bous de colère. Celle-ci est à peu près contenue pendant la nuit, mais elle finit toujours par exploser dans la journée. » Ou encore : « Une sourde angoisse monte petit à petit. La rage intérieure que je tente de maîtriser est croissante, et j’explose fréquemment. Je crie fort. De plus en plus fort. Je tape maintenant facilement : des fessées le plus souvent, des gifles parfois. (…) Je me sens complètement étrangère à moi-même et en total décalage avec l’idée que je me fais d’une mère “suffisamment bonne”. » Elle va jusqu’à penser tout plaquer : « Il me prend très souvent l’envie de partir, de quitter toute la famille. Par trois fois, lors de sorties dans un parc, je suis à deux doigts de franchir le pas. » Happy end malgré tout. La scolarisation de ses enfants lui permet de construire un projet professionnel et de renaître à la vie.

S. Allenou ainsi que de nombreuses autres femmes n’hésitent pas à parler de « burnout » maternel, une notion que la psychologue Violaine Guéritault a popularisé il y a quelques années (La Fatigue émotionnelle et physique des mères. Le burnout maternel, Odile Jacob, 2004). Maryse Vaillant, elle-même psychologue, a même titré son dernier ouvrage Être mère : mission impossible ? (Albin Michel, 2011). Avec un constat réaliste : « Le bonheur est difficile aux mères. Et c’est un des plus forts paradoxes qui soient, la maternité promettant plus d’enchantements que de meurtrissures. » Et, pour enfoncer le clou, la psychologue d’expliquer que les difficultés sont loin d’être seulement celles du maternage, des soins portés aux bébés. C’est tout au long de la vie, et pas seulement les premières années, qu’être mère, a fortiori une « bonne mère », est difficile.

« Être une bonne mère », vouloir ce qu’il y a de mieux pour son enfant, veiller en toutes choses à sa sécurité et à son épanouissement et surtout être d’une disponibilité sans faille. Voilà une injonction qui pèse lourdement. Et peut-être aujourd’hui plus qu’hier. Dans un livre qui souleva de vifs émois, Le Conflit. La femme et la mère (Flammarion, 2010), Élisabeth Badinter pointait le risque d’un retour en arrière sous couvert d’un retour à la nature. Lait maternisé, petits pots industriels ou couches jetables sont l’objet d’opprobre tandis que l’on vante l’allaitement à la demande ou les couches lavables. De plus en plus d’études scientifiques entendent réhabiliter le concept d’instinct maternel, déplore-t-elle. Dans son viseur aussi, les féministes différentialistes trop enclines à faire de la maternité le cœur de l’identité féminine. Des menaces bien réelles selon É. Badinter pour l’émancipation des femmes qui peinent déjà à concilier travail et famille. Pas étonnant dès lors que de plus en plus de femmes décideraient de ne pas avoir d’enfants. Et si les Françaises parviennent à maintenir un fort taux d’activité professionnelle et le meilleur taux de natalité en Europe, c’est notamment grâce aux aides et aux dispositifs publics de garde des enfants en bas âge. Mais surtout, estime É. Badinter, les Françaises – pour l’heure – résisteraient mieux aux prescriptions qui les assaillent.

La journaliste américaine Judith Warner a bien vu la différence. Jeune mère, elle passe quelques années en France où elle se sent épaulée notamment grâce aux aides dont les femmes peuvent bénéficier : congé maternité, congé parental, gardes d’enfant de qualité pas trop onéreuses. Grâce aussi au discours ambiant qui valorise l’épanouissement des mères et le maintien de leur activité professionnelle. Le choc est rude quand elle rentre aux États-Unis. Elle perçoit alors un profond malaise chez les mères américaines et décide de mener l’enquête, interviewant près de 150 femmes, issues pour la plupart des classes moyennes ou classes moyennes supérieures. Dans Mères au bord de la crise de nerfs (Albin Michel, 2006), elle pointe en particulier la culpabilité des mères américaines engagées dans une folle course à la performance.

La peur des 
carences affectives

Culpabilité des mères qui travaillent et qui ont le sentiment d’abandonner leurs enfants. Culpabilité de celles qui se consacrent entièrement à leur foyer mais qui sont engagées dans un perfectionnisme qui les rend toujours insatisfaites. Si ces mères disent leur joie de se consacrer à leur famille, elles avouent aussi leur épuisement, leur frustration, leur manque de reconnaissance, le sentiment de n’être jamais à la hauteur. Passant leur temps à faire le taxi pour amener les marmots au base-ball, à la danse ou au cours de piano, à faire le ménage, à mitonner de bons petits plats faits maison, à organiser les goûters d’anniversaire ou les fêtes des écoles, à favoriser l’éveil de leurs enfants et leur réussite scolaire… D’où la frustration de nombreuses mères qui ont renoncé à leur carrière. D’où l’absence des pères qui travaillent comme des fous pour nourrir seul le ménage dans un contexte économique difficile. Les causes sont multiples, mais J. Warner pointe notamment la vulgarisation, en particulier dans la presse féminine, de la théorie de l’attachement* développée par John Bowlby. Les mères sont désormais culpabilisées car elles craignent de créer des « carences affectives ». Elles sont persuadées que l’avenir de leurs enfants est entre leurs mains et qu’à ce titre elles doivent tout faire pour eux. Quoi qu’il leur en coûte.

Le puérocentrisme

Après s’être durement battues, les femmes sacrifieraient-elles aujourd’hui leur émancipation à leur progéniture ? Dans un récent ouvrage, Mères sous influence. De la cause des femmes à la cause des enfants (La Découverte, 2011), la sociologue Sandrine Garcia interroge « l’exercice durable d’un magistère moral sur les parents, et en particulier les mères » : « Ce qui est institué, sans relâche, c’est que la famille est pathogène, que ce soit parce que le père vient à manquer, parce que les mères ne sont jamais à la hauteur de leurs tâches, parce que l’inceste rôde, parce qu’on attend trop de ses enfants, qu’on ne sait plus dire “non” ou au contraire qu’on se montre trop violent, que les rôles sexuels sont brouillés, que l’ordre symbolique est menacé, etc. » Les experts, les psychologues en particulier, en ne s’attachant qu’à l’intérêt de l’enfant, jouent un rôle important dans la culpabilisation des mères. Le « puérocentrisme » qui s’est instauré dans nos sociétés menace la « cause des femmes », leur émancipation et leur épanouissement. S. Garcia interroge notamment la construction par Françoise Dolto d’une « cause de l’enfant ». Elle montre l’ambiguïté de cet héritage qui a permis de rompre avec des pratiques éducatives autoritaires et rigides, mais au prix de l’assignation des femmes à leurs devoirs de mères d’abord et avant tout. Sa lecture de la charismatique psychanalyste est sans appel : « Articulées les unes aux autres, les prescriptions que F. Dolto livre au fil de ses différents ouvrages ou émissions définissent les contours d’un puérocentrisme maternel d’une grande exigence : les mères doivent être disponibles ou faire en sorte de le devenir, porter leur enfant toute la journée dans les bras s’il en a besoin, être attentives pendant les repas et au moment du coucher, prendre du temps pendant la journée pour jouer avec lui et, s’il est petit, montrer tous les dangers de la maison, verbaliser toutes leurs actions, trouver des sanctions parfois extrêmement sophistiquées, surtout avoir des attitudes éducatives extrêmement réfléchies pour ne pas donner libre cours à leurs impulsions, etc. » Or cette disponibilité sans faille fait trop peu de cas des contraintes – temporelles, budgétaires, professionnelles – qui pèsent sur les choix des mères.

Une conciliation au féminin

Car leurs contraintes ne sont pas seulement d’ordre psychologique. Elles sont aussi très concrètes. Alors qu’elles travaillent majoritairement, ce sont toujours elles qui assument l’essentiel des tâches ménagères et du maternage. Et même quand le père participe, c’est souvent en tant qu’exécutant. La charge mentale liée à l’organisation repose en général sur les femmes. Si le papa amène l’enfant chez le pédiatre, c’est la mère qui bien souvent y aura pensé et aura pris rendez-vous. En ce sens, la question de la conciliation travail-famille est presque exclusivement féminine. Le taux d’activité des hommes ne dépend pas du fait qu’ils ont ou non des enfants, pas plus que la progression de leur carrière. Pour les femmes, en revanche, les choses sont plus difficiles, d’autant plus que la maternité les oblige à des ruptures de carrière. L’activité professionnelle des femmes dépend beaucoup du nombre et de l’âge des enfants. En 2008, 90 % des femmes qui n’ont pas d’enfant de moins de 18 ans sont actives alors que c’est le cas de seulement 43 % de celles qui vivent avec au moins trois enfants dont le plus jeune a moins de 3 ans (1). Et ce sont majoritairement des femmes qui prennent un congé parental. Nul besoin cependant d’être misérabiliste : Laurence Cocandeau-Bellanger, auteure de Femmes au travail. Comment concilier vie professionnelle et vie familiale (Armand Colin 2001), a ainsi mené une enquête auprès d’une centaine de femmes ayant à la fois une activité familiale et une activité professionnelle. Elle montre que celles-ci se disent globalement satisfaites de leur vie générale (3,97 sur une échelle qui va de 1 : pas du tout satisfaite à 5 : très satisfaite). Elles le sont cependant moins de leur vie professionnelle (moyenne 3,28) que de leur vie familiale (moyenne 4,31).

Au-delà des chiffres, il faut noter les fortes inégalités sociales pesant sur la conciliation travail/famille. Pour les femmes cadres, il est souvent difficile d’obtenir un temps partiel, les temps de travail sont souvent lourds, mais elles disposent de plus de moyens financiers pour être aidées, que ce soit pour le ménage ou pour faire garder les enfants. Inversement, celles qui ont des revenus faibles rencontrent des obstacles matériels. Face aux frais de garde, elles peuvent être tentées de cesser leur activité professionnelle. Avec d’inévitables conséquences sur leur carrière.

Alors quelles solutions pour aider les mères ? Rien de bien miraculeux. Favoriser les aides institutionnelles bien sûr, mais surtout diminuer la pression sociale sur les femmes qui favorise leur culpabilisation et faire évoluer les représentations sociales des hommes pour les amener à davantage s’investir dans leur parentalité. Bouleversement qui ne se fera pas en un jour. Pour l’heure, reste aux femmes à essayer vaille que vaille de tenir le coup et d’éviter la crise de nerfs…

L'article est tiré du dernier numéro dont le thème est "Comment être parent aujourd'hui?".

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Elédaria
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Ven 2 Déc 2011 - 0:16

C'est tellement vrai...
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MessageSujet: Re: «Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus   Aujourd'hui à 2:14

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«Burn out» maternel: quand les mères n'en peuvent plus
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